« Toute musique qui ne peint ni ne parle est mauvaise » : cette déclaration d’un compositeur protégé de Diderot, datée de 1771, apparaît à l’auditeur contemporain comme un étrange paradoxe. En effet, le son étant extérieur à nos deux principaux systèmes de représentation, les mots et les images, comment la musique pourrait-elle parler et peindre ? Nul n’en a pourtant douté pendant une période s’étendant au moins de 1600 à 1750. Christian Accaoui se propose d’élucider ce paradoxe et d’explorer les voies de la référence en musique, en commençant par retracer l’histoire de l’idée d’imitation en musique, de son émergence jusqu’à sa survivance aux XIXe et XXe siècles. Il décrypte ainsi la crise conduisant d’un Ancien Régime où la musique, sous le règne de la notion aristotélicienne d’imitation, avait acquis comme tous les beaux-arts la capacité et le devoir de référer au monde, à un Nouveau Régime revendiquant, avec le primat de la forme, une autonomie de plus en plus radicale de la musique. Il démontre que la notion romantique de « musique pure » et la tabula rasa des avant-gardes du second XXe siècle n’ont pu anéantir toute prétention référentielle de la musique. Ce premier volume pose les jalons d’une analyse des mécanismes et procédés par lesquels la musique imite, ou plus largement réfère ; le second volume étudiera plus spécifiquement l’iconisme propre à la musique, présentant une sémiotique musicale entièrement nouvelle.