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Bilal Alnemr

Bilal Alnemr

  • Master 2020
    Violon

Originaire de Syrie, Bilal Alnemr débute le violon dans son pays puis intègre en 2010 le conservatoire d’Aix-en-Provence et, en 2012, le CRR de Paris. En 2014, il est l’invité du Festival de Pâques à Aix, où il reçoit un violon et joue avec Renaud Capuçon et Hélène Grimaud. Depuis 2015, il est étudiant au CNSMDP dans la classe de R. Daugareil et d’O. Charlier. Il joue en soliste avec l’Orchestre du CRR de Paris, le Philharmonique des deux mondes, et l’Orchestre d’Aix-en-Provence. Actuellement il est membre du Divan Orchestra et se perfectionne auprès de Michael et Daniel Barenboïm au sein de l’Académie Barenboïm-Saïd à Berlin. Il joue un violon de G. B. Guadagnini de 1750.


Un récital imaginaire russe, pour violon et piano

 

Première partie

Piotr Ilitch Tchaïkovski,
Souvenir d’un lieu cher, oOp. 42 

Sergueï Ivanovitch Taneïev,
Sonate en la mineur, IST. 59 

Deuxième Partie

Alfred Schnittke,
A Paganini (Andante - Cadenza I - Cadenza II)

Sergueï Prokofiev,
Sonate n. 1 en fa mineur, oOp.  80

Bis

Sergueï Prokofiev,
Cinq Mélodies, oOp.  35 bis 

Sergueï Rachmaninoff,
Vocalise, oOp.  34 n° 14 pour violon et piano

*          *
*

J’avais dix ans, et la musique russe était un voyage. Mon premier grand voyage dans un pays immense avec un grand orchestre. Aujourd’hui, j’ai 23 ans et le voyage se poursuit. Je m’apprête à y retourner en Russie, mais cette fois seul, pour interpréter la musique, profonde et immense elle aussi, celle de P.I. Tchaïkovski, de S. Taneïev, ainsi que d’A.  Schnittke et de S. Prokofiev, à l’image de ce pays.

J’ai choisi ce programme car chacune de ces œuvres est marquée par un mouvement de changement cyclique et de ritournelle.  Ce mouvement a en effet sculpté en grande partie les reliefs de ma vie jusqu’à présent.

Souvenir d’un lieu, oOp. 42 pour violon et piano est écrit par Piotr Ilitch Tchaïkovski entre mars et mai 1878. Cette œuvre comporte se compose de trois mouvements : « Méditation », « Scherzo », et « Mélodie » (que Tchaïkovski a également décrit comme un « chant sans paroles »). La Méditation a été écrite entre le 23 et le 25 mars 1878, à Clarens, en Suisse, où Tchaïkovski a également composé écrit son Concerto pour violon, dont elle devait à l’origine faire partie. Elle était à l’origine prévue pour être le mouvement lent du concerto ; la jugeant finalement mais il s’est rendu compte qu’il était trop léger pour un concerto, alors il l’a remplacée par une « Canzonetta » à la place.  Ce triptyque « Méditation, Scherzo, et Mélodie » témoigne, ainsi que la Valse-scherzo, oOp.  34 et la Sérénade mélancolique, o, Op.  26, d’une période très mélancolique dans la vie du compositeur.

Le choix de la Sonate en la mineur de S. Taneïev s’est imposé comme une évidence en raison de son lien avec un lien humain qui s’est tissé entre S. Taneïev et P.I. Tchaïkovski, et de la relation de ce compositeur avec Paris.

Né dans une famille de la noblesse, de grande culture, il fut très tôt en contact avec la musique. Il commença à apprendre le piano à l’âge de cinq ans, et entra au Conservatoire de Moscou en 1866, l’année même de sa fondation. Il y eut pour professeurs Tchaïkovski pour la composition et Nikolaï Rubinstein, le fondateur, pour le piano. Il termina la Sonate en 1875 et fut le premier étudiant à remporter le premier prix dans les deux disciplines.

Cette même année, il fit ses débuts au concert en interprétant au piano le Premier concerto de Brahms, et plus tard le Premier concerto de Tchaïkovski. Tchaïkovski apprécia tant son jeu qu’il demanda à Taneïev de créer son Deuxième concerto, sans savoir qu’après sa mort, Taneïev compléterait et créerait également son Troisième concerto.

Il partit ensuite pour Paris, où il demeura quelques années et rencontra entre autres Ivan Tourgueniev, Gustave Flaubert, César Franck et Camille Saint-Saëns.

En 1878, il devint professeur de composition au Conservatoire de Moscou et en fut même le directeur de 1885 à 1889.

« Pour les classiques, je suis un futuriste, pour les futuristes, je suis un réactionnaire », ironisait Alfred Schnittke, J’ai toujours été fasciné par ce compositeur et je ne puis trouver un meilleur moment et meilleur contexte pour lui rendre hommage.

Comme l’a déjà fait Nathan Milstein dans sa composition Paganinia, Schnittke rend hommage au virtuose italien N. Paganini en écrivant son chef-d’œuvre A Paganini pour violon seul. Il y évoque une image ténébreuse obscure et d’un autre monde, en ponctuant l’écriture virtuose et souvent dissonante avec des bribes d’es œuvres originales de Paganini. Cela renforce l’impression d’un individu tourmenté qui ne peut pas concilier les éléments de bravoure avec la face côté obscure de sa nature.

Avec une telle pandémie qui couvre la terre entière et où une telle guerre qui continue dans mon pays d’origine, la Syrie, je n’ai pas trouvé mieux que cette œuvre pour refléter un tel contexte dramatique et agressif.

La Sonate pour violon et piano n° 1 en fa mineur, op. 80 a été composée par est une sonate de Sergueï Prokofiev. Composée entre 1938 et 1946, et elle a été terminée deux ans après la Deuxième sonate pour violon et piano. Elle a été créée par David Oïstrakh, son dédicataire, et le pianiste Lev Oborine le 23 octobre 1946 à Moscou.

Prokofiev a comparé les gammes de violon jouées glissando à la fin des premier et quatrième mouvements au « vent passant dans un cimetière ». Pendant les répétitions, Oborin a joué un certain passage, marqué fort, trop doucement pour le goût de Prokofiev, qui a insisté sur le fait que ce passage devrait être plus agressif. Oborin a répondu qu’il craignait de couvrir le violon, mais Prokofiev a rétorqué : « Cela doit sonner de telle sorte que les gens doivent sauter sur leur siège, et se dirent : ‘Est-ce qu’il a perdu la tête ?’ ».

Lors des funérailles de Prokofiev, les premier et troisième mouvements de cette sonate ont été interprétés par David Oistrakh et Samouïl Feinberg.

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