Restituer un chef-d’œuvre de la lutherie : deux copies d’un violon Guarneri del Gesù (1739)
Mis à jour le 12 mars 2026
Le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris lance un projet exceptionnel : la reproduction d’un violon réalisé en 1739 par le maître luthier italien Giuseppe Guarneri del Gesù (1698-1744). Cet instrument remarquable, issu de la grande tradition de la lutherie crémonaise, a appartenu au célèbre violoniste Yehudi Menuhin et est aujourd’hui conservé dans une collection privée en Italie.
Mené en partenariat avec l’Association des Luthiers et Archetiers pour le Développement de la Facture Instrumentale (ALADFI) et le CNRS – Institut Jean le Rond d’Alembert (LAM), ce projet d’envergure réunit plus de quinze luthiers et luthières invités à réaliser des copies historiquement informées de ce chef-d’œuvre. À l’issue du processus, le CNSMDP en sélectionnera deux : une restitution baroque et un fac-similé moderne. Ces instruments rejoindront le parc instrumental du Conservatoire et seront mis à la disposition des enseignant·es et des étudiant·es pour leur formation, leurs projets artistiques et leurs concours.
Une résidence ouverte au public au cœur du Conservatoire
Première étape visible de ce projet, une résidence éphémère de trois luthières se tiendra du 23 au 27 mars 2026 dans le Hall Joséphine Baker du Conservatoire. Pendant toute cette semaine, elles travailleront au cœur même de l’établissement et partageront leur pratique avec le public.
Démonstrations et échanges informels permettront d’observer de près la fabrication d’un violon, de découvrir les gestes précis et les outils de la lutherie, mais aussi de comprendre l’exigence et la finesse de ce métier d’art. Rarement accessible au regard du public, ce travail patient et minutieux sera ici présenté dans toute sa dimension vivante et pédagogique.
Cette présence au sein du Conservatoire offre une occasion unique de mieux saisir la relation entre la facture instrumentale et l’interprétation musicale : comment la forme, le bois, les vernis ou les réglages influencent le son et le jeu du musicien. Elle met également en lumière la transmission d’un savoir-faire d’excellence et la place croissante des femmes dans un métier encore aujourd’hui majoritairement masculin.
Pour en savoir plus sur la résidence du 23 au 27 mars, rendez-vous sur la page de l’événement
Un projet qui se déploie tout au long de l’année
Cette résidence s’inscrit dans un processus de création et d’évaluation qui se poursuivra sur plusieurs mois.
En mai 2026, le comité de suivi du CNSMDP, réunissant enseignant·es, étudiant·es et équipes techniques, participera aux tests « à blanc » des quinze copies lors d’un rassemblement organisé à la Ferme de Villefavard – Centre culturel de rencontre. Pendant trois jours, les instruments seront comparés et évalués dans des conditions optimales.
À l’automne 2026 aura lieu la sélection finale des deux instruments retenus – une restitution baroque et un fac-similé moderne – destinés à intégrer le parc instrumental du Conservatoire.
Enfin, le 5 novembre 2026, le CNSMDP proposera une restitution publique, illustrée musicalement par des étudiant·es et enseignant·es du Conservatoire. Ce moment de présentation permettra au public de découvrir les instruments sélectionnés, d’entendre leurs spécificités sonores et de retracer les différentes étapes de ce projet.
Un projet pédagogique, artistique et patrimonial
Ce projet s’inscrit dans une démarche globale de transmission et de recherche. Étudiant·es et enseignant·es du CNSMDP seront étroitement associés à toutes les étapes : sélection des luthiers, suivi de la fabrication, essais et ajustements des instruments.
Cette implication directe constitue un dispositif pédagogique exemplaire, permettant aux musicien·nes en formation de comparer un même modèle d’instrument dans ses configurations historiques et modernes, de travailler avec des outils adaptés à chaque répertoire, mais aussi d’appréhender la matérialité de leur instrument et d’approfondir leur compréhension organologique.
Trois ambitions structurent cette initiative :
- Pédagogique, en offrant aux étudiant·es un outil concret pour explorer les liens entre facture instrumentale, jeu et interprétation.
- Sociale, en permettant l’accès à des instruments d’exception à des musicien·nes en formation qui n’auraient pas les moyens de s’en procurer.
- Patrimoniale, en contribuant à la transmission des savoir-faire de la lutherie et à la valorisation des métiers d’art.
Ce projet s’inscrit dans la politique active du CNSMDP en faveur de la commande de copies d’instruments historiques, initiée en 2020, et prolonge une tradition séculaire de collaboration entre le Conservatoire et les grands luthiers français et européens. Le parc instrumental du CNSMDP, créé en 1795, constitue aujourd’hui une collection unique en Europe : plus de 3 500 instruments au service de la pédagogie, dont des pièces d’exception (Guadagnini, Grancino, Gand & Bernardel…).
Le projet reçoit le soutien de la Fondation d’entreprise AG2R LA MONDIALE pour la vitalité artistique.