Bruits de couloirs
Mis à jour le 16 mars 2026
Créée et présentée en juin dernier par un collectif d’étudiant·es du Conservatoire et d’autres écoles d’arts, la performance Ô mon bel inconnu s’est fixé pour but de jouer un opéra dans les espaces communs du Conservatoire à destination des agent·es, étudiant·es et enseignant·es. Un projet original qui témoigne de la vitalité des initiatives portées par les étudiant·es.
Pourquoi avoir choisi la comédie musicale de Reynaldo Hahn Ô mon bel inconnu pour ce projet représenté hors scène, dans les couloirs du Conservatoire ?
Sara Brunel : Nous hésitions entre Così fan tutte et Ô mon bel inconnu. Notre choix s’est porté sur ce dernier car la production de l’année était déjà un Mozart et nous avions envie d’accessibilité : présenter un opéra en français pour que chacun puisse comprendre et suivre l’histoire nous tenait à cœur.
Victor Rouanet : C’était aussi l’occasion de réaliser une nouvelle orchestration pour petit ensemble, car si Reynaldo Hahn était un excellent pianiste, je devine qu’il pensait déjà les timbres de l’orchestre, peut-être sans savoir lui-même orchestrer avec précision ou sans en avoir le temps. Les typologies des personnages correspondaient bien aux chanteurs de la troupe, et nous nous sommes lancés !
Alice de la Bouillerie : Pour ma part, je ne connaissais pas cette œuvre et j’ai d’abord été décontenancée face au livret de Sacha Guitry, dont l’humour, parfois daté, porte les marques d’une époque et d’un auteur notoirement misogyne. Mais ce qui m’a frappée en le lisant de plus près, c’est que, malgré les clichés, les hommes y apparaissent plus ridicules encore que les femmes : aucun personnage n’est réellement épargné. Le livret regorge de quiproquos, de situations absurdes, et de dialogues à la mécanique comique extrêmement efficace et -intemporelle.
Né d’une intiative étudiante, ce projet réunit de jeunes artistes qui travaillent ensemble et en autonomie, sans encadrement pédagogique. Quels en étaient les objectifs ?
S. Brunel : L’objectif était d’abord d’aborder des rôles dans leur intégralité, ce qui constitue une opportunité rare pour nous, chanteurs, avant nos premiers engagements professionnels, car cela demande toute une organisation et du budget. Au Conservatoire, il y a la production annuelle mais tous les chanteurs ne peuvent y participer. D’autre part, monter un projet en troupe est une expérience extrêmement riche qui nous apprend beaucoup sur notre rapport aux autres et à nous-même dans le travail. Puis nous faisons des rencontres tant amicales que professionnelles aussi ; tout le monde ne se connaissait pas au début du projet. Ces rencontres sont très riches humainement et essentielles dans nos métiers. Enfin, nous aimerions par la suite pouvoir faire tourner ce spectacle à l’extérieur.
V. Rouanet : J’avais également à cœur d’habiter par la musique et le théâtre certains espaces du Conservatoire, qui restaient souvent inusités, alors que le bâtiment offre pour cela un grand potentiel. Je crois beaucoup au fait de faire entrer des spectacles, de l’art, dans des lieux ou des moments du quotidien. Ça permet un autre lien avec le public, plus inattendu et libéré des rituels du concert, et le cadre permet un jeu avec l’espace ou la situation. C’était aussi l’occasion de partager un moment musical et festif avec toutes celles et ceux qui font partie de la communauté du Conservatoire.
A. de la Bouillerie : Il me semble que c’était l’occasion d’apprendre en faisant. Il n’y a aucune formation à la mise en scène d’opéra en France, pourtant travailler avec des chanteurs est très différent du travail avec des comédiens.
En quoi cette expérience a-t-elle nourri votre parcours personnel et votre vision du travail collectif ?
S. Brunel : Pour ma part, je me suis découvert des qualités de chargée de production ! C’est toute une organisation de monter un opéra, j’ai découvert de nombreux aspects techniques que j’ignorais et qui me permettent aujourd’hui d’être plus au fait sur les différents métiers qui nous entourent nous, artistes. Ensuite, travailler tout un rôle demande aussi une organisation très en amont du travail collectif. Pour Marie-Anne, j’ai commencé à travailler en septembre afin d’arriver aux répétitions en étant la plus préparée possible. On ne s’en rend pas compte avant de l’avoir expérimenté. Enfin quand on travaille en collectif, rien ne se passe jamais comme prévu puisqu’il y a autant de possibilités que de personnes présentes. J’ai appris à m’adapter, à être flexible, à me laisser surprendre.
A. de la Bouillerie : Il s’agit du premier projet que je mets en scène intégralement et j’ai appris énormément sur le métier. J’ai notamment compris que l’une des clés pour avancer est de s’entourer. Faire appel à Lucile Miège – -costumière en -formation de chapellerie – était une étape essentielle. Son regard esthétique sur les personnages est venu compléter le mien, et a enrichi le projet d’une sensibilité visuelle propre, en dialogue avec ma lecture -dramaturgique. La collaboration avec les chanteurs était aussi une vraie découverte. Le rythme de travail et les habitudes diffèrent beaucoup de ceux du théâtre où l’on passe plus de temps à chercher.
V. Rouanet : On découvre beaucoup l’artiste que l’on est en travaillant avec les autres, surtout quand on est jeune j’imagine. Et puis c’est un formidable laboratoire, où l’on peut essayer des choses, se tromper, réessayer, sans appréhension ou peur du jugement. Toutes les maladresses qu’on fait dans un projet comme celui-ci nous servent d’expérience pour les productions dans un cadre plus « sérieux » !
Propos recueillis par Clémence Houillon
Clémence Houillon est adjointe au directeur de la communication du Conservatoire.
Le Festival du bureau des étudiant·esPetrillo – la comédie musicale Lundi 30 et mardi 31 mars 2026 à 19h Conservatoire de Paris – Salle Rémy Pflimlin |
Photo © Elisa Chaveneau