De la musique ancienne aux pratiques musicales historiques
Mis à jour le 07 septembre 2026
C'est une rentrée qui a le goût d'un renouveau. Le département de musique ancienne du Conservatoire de Paris porte désormais un nouveau nom, pratiques musicales historiques, fruit d'une réflexion menée collectivement au fil de l'année. Pour en comprendre le sens, la direction de la communication est allée à la rencontre de Pascal Bertin, chef du département.
Pascal Bertin, commençons par le commencement. Comment est né ce changement de nom ?
Le terme de « musique ancienne » est de moins en moins adapté à ce que nous enseignons. Dans l'esprit du public, il désigne souvent les répertoires pré-baroques, le médiéval et la Renaissance, c'est-à-dire précisément ce que nous pratiquons peu. À l'inverse, nos classes classiques et romantiques prennent de l'ampleur, et beaucoup d'étudiants et d'étudiantes venus du répertoire moderne franchissent notre porte pour s'initier aux instruments historiques. Le nom disait de moins en moins la réalité de nos classes.
« Ancienne » ne convient plus, mais « historiques » ne renvoie-t-il pas, lui aussi, au passé ? Qu'est-ce qui change vraiment ?
C'est toute la différence, et elle est au cœur de notre choix. « Ancienne » désigne une époque, un avant. « Historiques » qualifie une manière de faire, celle de jouer sur les instruments et avec les gestes d'un temps donné, quel que soit ce temps. La pratique historiquement informée est une philosophie plus qu'un territoire chronologique. Le mouvement qu'on a appelé la révolution baroque dans les années 1970 a essaimé jusqu'aux répertoires du début du XXe siècle. Aujourd'hui, de nombreux orchestres, y compris les plus institutionnels, se posent des questions d'organologie et de langage musical. « Musique ancienne » était devenu trop étroit pour dire cela.
Vous évoquez un débat riche avec les équipes. Concrètement, comment avez-vous procédé ?
La question nous accompagnait de façon informelle depuis longtemps. On la retrouve d'ailleurs dans le nom même des disciplines. Nos étudiants et étudiantes en hautbois baroque jouent aussi le hautbois classique et romantique, et il en va de même pour la flûte traversière, le violon, le violoncelle. La création du Conseil de perfectionnement du département a servi d'accélérateur. Cette instance réunit enseignants et enseignantes, étudiants et étudiantes, anciens et anciennes élèves, et de grandes figures du milieu professionnel. Les premières discussions se sont tenues début février 2026, des suggestions ont circulé en mars, un premier sondage ouvert à tout le département s'est clôturé en avril, et un second, enrichi de nouvelles propositions, a rendu son verdict le 15 mai parmi quatre intitulés.
C'est une rentrée qui a le goût d'un renouveau. Le département de musique ancienne du Conservatoire de Paris porte désormais un nouveau nom, pratiques musicales historiques, fruit d'une réflexion menée collectivement au fil de l'année. Pour en comprendre le sens, la direction de la communication est allée à la rencontre de Pascal Bertin, chef du département.
Qu'est-ce qui a fait pencher la balance vers « pratiques musicales historiques » ?
66 % des enseignants et enseignantes et 40 % des étudiants et étudiantes se sont exprimés. Le chiffre peut sembler modeste, il est en réalité bien supérieur à ce que ce type de consultation mobilise d'ordinaire. Deux formulations sont arrivées en tête, au coude à coude. Nous avons écarté « disciplines instrumentales historiques », qui laissait de côté les nombreux projets menés avec les chanteurs et chanteuses ainsi qu'une partie de nos travaux de recherche. Nous avons aussi renoncé aux formules construites autour d'« historiquement informé », qui auraient laissé entendre que les classes classiques et contemporaines ne le sont pas. À résultat proche, c'est donc la portée du nom qui a tranché, car nous voulions un intitulé qui n'exclue personne. Ces échanges ont d'ailleurs largement débordé la seule question du nom, jusqu'à toucher à notre identité.
À l'international, vos partenaires vous connaissent sous le terme « Early Music ». Comment accompagnez-vous ce changement auprès d'eux ?
Le paysage anglophone est déjà pluriel. « Early music » y côtoie « Ancient music » et, plus récemment, « Historical performance » ou « Historical practice ». Notre nouveau nom appartient donc déjà au champ sémantique de nos répertoires. Lors de la réunion des chefs de département de musique ancienne de nos partenaires IN.TUNE, j'ai présenté notre intention de changer de nom, et elle a suscité un vif intérêt. Nous arrêterons la traduction anglaise avec le même soin que la version française, en lien avec ces partenaires, pour qu'un même mouvement se lise dans les deux langues.
Un mot pour finir ?
Un nom n'est pas une étiquette, c'est une promesse. Celle-ci dit mieux qui nous sommes aujourd'hui, et ouvre la porte à qui veut entendre autrement le répertoire, d'hier comme de demain.