Chorégraphier, c’est prendre la parole
Mis à jour le 12 juin 2026
Accueillie à la Maison Rouge, Maison des Arts à Fort-de-France, Juliette Peyronnaud, étudiante en Master 2 Danseur interprète, part à la rencontre de pratiques chorégraphiques où le geste est indissociable du territoire, de l’histoire et du collectif. Une expérience qui transforme sa perception de la danse comme lieu d’écoute, de lien et de transmission. Une réflexion qu’elle prolonge aujourd’hui sur scène à travers sa participation à "Transdanse Battle : quand les styles s’affrontent et se réinventent" le 24 juin prochain, où différentes cultures chorégraphiques se rencontrent et se réinventent.
Dans le cadre de mon Master 2, je suis invitée à un stage à Fort-de-France, en Martinique au mois d’avril 2026. Je suis accueillie à la Maison Rouge, Maison des Arts, un lieu dédié à la création chorégraphique mais également à un engagement profond en faveur de la transmission artistique auprès du jeune public et de leurs familles. Tout au long du séjour, je suis accompagnée par Christiane Emmanuelle, chorégraphe martiniquaise que j’avais rencontrée quelques mois plus tôt lors d’un festival dans la Nièvre. Elle me partage son travail, ses ateliers, ses processus de création, mais surtout une manière d’envisager la danse comme un espace de parole et d’engagement. Au cours d’une discussion, elle me confie : « Le besoin de prendre la parole, de dénoncer, voilà pourquoi je suis devenue chorégraphe. Parce que chorégraphier, c’est un acte politique. » Cette phrase devient rapidement le fil conducteur de mon séjour. L’histoire, l’héritage, la mémoire, la culture sont des mots qui reviennent constamment dans les conversations et les différentes rencontres.
En tant que jeune danseuse sortant tout juste de formation, j’arrive avec des outils, des références et une certaine idée de ce que peut être la création chorégraphique. En Martinique, je m’engage dans une recherche où le contexte de la danse ne se pense pas uniquement comme une recherche formelle ou esthétique, mais aussi comme un geste situé, traversé par une histoire, par des réalités sociales et par des questions politiques encore très présentes. Lors de rencontres avec d’autres artistes, chercheur·euses et acteur·rices culturel·les, je comprends progressivement que le geste artistique est un lieu où l’on produit du commun. Un lieu où se fabriquent des récits collectifs, où se transmettent des mémoires parfois absentes des discours officiels, où s’inventent de nouvelles manières d’habiter un territoire ensemble. Cette réflexion prend une forme particulièrement concrète à travers ma découverte du bèlè.
En étant introduite comme stagiaire, je suis invitée à participer à des cours. C’est une découverte d’une technique de danse, mais c’est avant tout, une autre manière de penser et pratiquer la danse. On m’explique que le mouvement ne se construit jamais seul, il se nourrit du dialogue permanent entre les danseur·euses, les musicien·nes, les chanteur·euses et les personnes présentes autour. Le tambour guide, accompagne, peut aussi provoquer parfois. Le chant porte l’histoire et rassemble. Les danseur·euses écoutent autant qu’iels agissent. Dans le bèlè, la danse m’apparaît comme une pratique profondément relationnelle. Elle est à la fois artistique, sociale et culturelle. Elle appartient à une mémoire vivante, transmise de génération en génération, et continue aujourd’hui d’être un lieu de rassemblement. Cette expérience m’amène à réfléchir à la place du collectif dans nos pratiques contemporaines. Elle questionne également ma propre manière de concevoir la danse comme comme un espace de dialogue, d’écoute et de transmission plus que l’expression d’une singularité.
Au fil des jours, une autre dimension s’impose à moi, la relation au territoire. Dans mes échanges avec Christiane, la nature occupe une place centrale. Nous partageons des temps de marche, d’observation et de découverte de l’île. Elle me parle de la montagne, de la mer, de la pluie ou des vents comme de présences actives dans son travail de création. Cette attention au vivant résonne particulièrement lorsque j’assiste à une conférence de Myriam Moïse autour de L’eau en héritage : femmes caribéennes, figures du care et pratiques du vivant. Les questions écologiques y apparaissent indissociables des questions historiques, sociales et politiques. L’eau est une ressource, un symbole de transmission mais aussi, elle est révélatrice des inégalités qui traversent les territoires. Cela pousse à s’interroger sur la manière dont la danse peut, elle aussi, participer à une réflexion sur nos liens au vivant et aux autres.
Durant ce stage, j’ai également été invitée à animer des ateliers. Cette expérience m’a amenée à réfléchir aux outils développés au cours de ma formation, mais aussi à leur adaptation à un contexte nouveau, à des publics différents et à des réalités culturelles qui ne sont pas les miennes. Ce stage m’engage ainsi profondément dans une réflexion sur ma propre place de danseuse et de jeune artiste professionnelle. Il soulève de nombreuses questions autour de la création, de la transmission et de la responsabilité qui accompagne le geste artistique.
Transdanse Battle : quand les styles s'affrontent et se réinventent
Mercredi 24 juin 2026 à partir de 14h30