Jeunes compositeurs

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2011

Aurélien Dumont

Flots en fioles en flot

dumont.aurelien@gmail.com

Journées de la composition 2011

Pour alto et grand ensemble

I. Flots en fioles (8’10) 
II. Fioles en flot (7’14) 

« Flots en fioles en flot est une pièce dont l'écriture se révèle assez libre et intuitive. L’idée de travailler sur la forme du concerto m’a permis de réfléchir sur la notion de dialectique dans ma musique. Elle se manifeste ici doublement : dialectique entre l’idée du continuum (flot) et l’idée d’une marqueterie d’objets (fioles), et entre une écriture classique de concerto (pour le soliste) et des investigations sur le timbre (pour l’ensemble).
Les deux mouvements, ‘Flots en fioles’ et ‘Fioles en flot’, explorent les deux possibilités de couplage entre continuum/marqueterie et ensemble/soliste.  Ainsi, dans le premier mouvement, le soliste se verra confier les rênes de la continuité tandis que l’ensemble sera davantage dans la ponctuation d’objets. Dans le second mouvement, les choses s’inversent. 
D’autre part, Flots en fioles en flot s’habille d’un côté expérimental lié plus spécifiquement au discours lui-même. En effet, plusieurs objets utilisés ici sont issus de pièces antérieures – principalement du cycle Nara et de mon quatuor de violoncelles Pastilles & apostilles. Ces objets sont, un peu à la manière de mes travaux sur ce que j’appelle les OEM – objets esthétiquement modifiés, prélevés, décontextualisés, réorchestrés, introduits au sein d’un discours de nature différente et mis en regard avec d’autres objets – élaborés pour cette pièce.
Ces derniers s’expriment dans un registre assez large – de l’objet virtuose, classique, presque référencé, aux abstractions expressives, et autres combinaisons de timbres. 
Poursuivant mes recherches sur l’hétérogénéité –  comme une composition d’éléments de nature différente, tous ces objets sont jetés sur la partition comme autant de bouteilles lancées à la mer. »
( Kanazawa, le 8 septembre 2011)

Fantaisie Chromatique & Fuite pour Suite, Johann Sebastian Bach – Zoltan Kodály – Aurélien Dumont

Collection « Jeunes Solistes », CD de Barbara Giepner, Sphère(s)… (CREC-audio11/083)

Pour alto et électronique (2010)

I. Fantaisie chromatique (Bach-Kodaly)
II. Interludes
III. Fugue I
IV. Fugue II
V. Fugue III

Fuite pour suite est une pièce qui s’enchaîne directement à la transcription de la Fantaisiechromatique de Bach pour alto seul par Kodály. Elle est constituée de quatre interludes et d’une triple fugue. Les interludes, méditatifs, voient naître un décor électronique dessinant le chemin périlleux d’une musique vers une autre. La (les) fugue(s) suivante(s) sont écrites à trois voix d’alto. À travers celles-ci, le précédant décor s’animera en ponctuations complémentaires constituant ainsi une fugue d’objets où entrent en résonance morphologies instrumentales et textures électroacoustiques. Les changements agogiques redistribuent le discours au grès des différents matériaux utilisés – dérivés structurels de Bach et Kodály, pour devenir le chant plaintif d’un impossible retour.

Le fils de Prométhée

Journées de la composition 2009

Cantate pour 4 chanteurs, petit ensemble et électronique

Le fils de Prométhée est une scène d’opéra qui, s’il devait exister dans son intégralité, correspondrait à la deuxième scène du premier acte. L’argument est extrêmement simple : Pandore, femme d’Épiméthée a eu un enfant avec le frère de celui, Prométhée. Les années passent et c’est Prométhée qui élève son enfant, Épiméthée s’en montrant incapable. Mais soudain, Prométhée tombe malade, il perd l’usage de la parole. Zeus arrive alors pour l’opérer.
Le texte a été écrit par Dominique Quélen, écrivain qui signe ici une nouvelle collaboration avec Aurélien Dumont, après Villa des morts – variations sur le repli –,Frottole des forêts flottantes, et Lignes de singes. La musique est pensée comme une orchestration syllabique du texte qui souligne les traits d’humour du livret. Elle met en jeu différents espaces acoustiques et électroacoustiques correspondant aux différents types de voix et rôles.
Dominique Quélen est né à Paris en 1962. Enseigne à Lille. Il écrit des textes brefs – dont trois volumes qui constituent une suite (Petites formes, Apogée, 2003 ; Sports, Apogée, 2005 ; Comme quoi, La Rivière échappée, 2009) – ou plus développés (Loque, Fissile, à paraître). Il a traduit Cid Corman avec Barbara Beck (Vivremourir précédé de Stead, L’Actmem, 2008) et est librettiste pour Aurélien Dumont (Villa des morts, opéra, 2007). Il collabore à CCP pour des notes de lecture, ainsi qu’à diverses revues (Action restreinte, Moriturus, Rehauts…). Intervention sur le net (remue.net, sitaudis.com…) et des lectures publiques à Lille, Rennes, Bruxelles, Paris, Nantes, Périgueux, etc.

Âpre bryone

Atelier de composition, janvier 2009

Pour soprano, 19 musiciens et électronique

Âpre bryone est une pièce qui met en regard trois poèmes d’Emily Dickinson au sein d’une trame à la fois narrative et contemplative. Ces deux manières de vivre le temps musical sont extrapolées dans le mouvement physiologique de la respiration (inspiration/expiration) qui rythme la vie formelle de l’œuvre. 
Le matériau fait référence à certaines polyphonies orales du XIIIe siècle en Europe occidentale. Son apparente simplicité – deux fondamentales et une mélodie ornementée – est propice à un travail de variation (notamment par l’utilisation quasi-thématique de l’ornementation) et constitue de ce fait une autre ligne de force formelle.
Les fulgurances Dickinsonniennes trouvent leurs échos dans des gestes électroacoustiques légers, imagés et ponctuels, qui peuvent fragmenter le discours ou tenter de se l’approprier. 
L’espace ainsi créé se révèle fragile, épuré et évanescent.

Grands défilés

Innovatoires 2011

Diptyque musico-théatral pour serpent, mezzo-soprano, deux acteurs et électronique.
Texte et mise en scène de Frédéric Tentelier


Grands Défilés est un diptyque de théâtre musical pour une majorette, un chef de fanfare qui joue légèrement faux, un serpent baroque, une chanteuse lyrique et un dispositif électroacoustique. Jouées simultanément, les deux parties relatent en musique et en mots la même journée, racontée de deux points de vue différents. Préfère-t-on son propre souvenir ou celui que l’on nous a raconté ? 
S’inspirant de la messe des morts, d’un concours de fanfares, d’un paquet de cacahuètes, de la suite française et d’un lot de diapositives jaunies, les interprètes – dont la mémoire oscille entre moments vécus et passé inventé – tentent en vain d’accorder leurs souvenirs.
Il est ici question du passé. Il est simultanément vivant et mourant : vivant parce que le passé subsiste dans le souvenir ; mourant parce que le souvenir s’oublie progressivement. Les personnages de Grands Défilés nous font part de leurs souvenirs : ceux qu’ils accumulent de façon disparate, qui se mélangent et se contredisent. Leur passé est mourant parce qu’ils ne cessent de le réinterpréter, de le déformer. DansGrands Défilés, il n’y a pas de temps : il est à la fois figé comme une diapositive mais se déroule imperturbablement au cours d’une seule et même journée. 
Préfère-t-on son propre souvenir ou celui que l’on nous a raconté ? 
Les personnages de Grands Défilés vivent dans la simultanéité : leur mémoire oscille entre moments vécus et passé inventé, ils sont à la fois dos à leurs souvenirs et dos aux souvenirs de l’autre. Ils nous racontent à la fois simultanément et successivement le déroulement du grand défilé.
La musique de Grands défilés est construite à partir d’une succession de petites pièces, un peu à mi-chemin entre la Messe des morts et la suite baroque. Sa composition consiste à l’approfondissement de mon concept des OEM (objets esthétiquement modifiés), qui sont des fragments musicaux issus de la littérature classique ou traditionnelle. Ces fragments sont, un peu à l’instar des manipulations génétiques, d’abord prélevés, décontextualisés, modifiés esthétiquement, puis confrontés au langage contemporain. Les principaux référents utilisés ici sont liés à la musique religieuse – chant grégorien, graduel d’Aliénor de Bretagne, à Rameau – avec, par exemple, l’orchestration de la pièce pour clavecin Les tendres plaintes, à Berlioz – pour son utilisation du serpent dans le 5ème mouvement de la Symphonie Fantastique mais aussi à la musique traditionnelle folk et blues – The coocoo bird. La musique se développe ainsi au sein d’un univers étrange où l’impureté stylistique prédomine, soulignant les côtés irréels du texte. Sentiment renforcé par une électronique qui accompagne l’instrument ou la voix dans son cadre harmonique, mais avec des sons de synthèses surprenants, dont la gamme d’expression développe un panel très large de qualités sonores, entre le kitsch et la méditation solennelle. Cette hétérogénéité s’inscrit, grâce au travail sur les OEM, dans un cadre cohérent. En résulte une double tension à l’écoute sur chacun de ces mouvements, à la fois petits paysages oniriques s’ancrant dans une réalité historique fuyante et musique du passé fantasmée.
Chacune des deux parties propose ses propres couches de significations que le spectateur pourra ou non explorer, entendre, interpréter et croiser en fonction de son ressenti ou de son écoute personnelle. Enfin, la musique tisse, en négatif, un rapport intime avec le texte, formant ainsi des couples de sens fragilisés en permanence par le discours. Le spectateur-auditeur est donc invité à se perdre dans les souvenirs, puis à se frayer un chemin singulier au milieu de ces petites briques d’histoires et de sons, et à résoudre – ou non – les paradoxes de cet anti-conte musical.

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