Jeunes compositeurs

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2011

Antonio Juan-Marcos Cavazos

Árbol de abril

ajuanmarcos@mac.com

Journées de la composition 2011

Pour violoncelle soliste et ensemble de 12 musiciens

Certains phénomènes de la nature me touchent particulièrement par leur beauté. Le désir d’écrire une œuvre concertante pour violoncelle et petit ensemble a réveillé en moi l’aspiration déjà ancienne d’en tirer des métaphores musicales.
La succession des saisons laisse sa marque sur le monde végétal et sur les personnes. Depuis mon enfance, je garde l’impression que le mois d’avril est le temps de la reviviscence où la venue conjointe du printemps et de la lumière transforme les arbres et change la couleur des forêts. Durant la composition de cette pièce, d’autres émotions esthétiques me sont revenues en mémoire : la savante gradation des éclairages dans l’architecture de Luis Barragan ; l’artisanat de l’estompage des lumières dans les photos de Manuel Alvarez Bravo ; les diverses descriptions des moments du jour correspondant à des paysages physiques et émotionnels dans le roman et les contes de Juan Rulfo ; ou plus récemment, le film de Carlos Reygadas, Stellet Licht, qui illustre la gradation des diverses étapes émotionnelles de l’amour par la gradation de l’intensité lumineuse. 
La lumière dans l’art mexicain semble être un sujet de recherche constant : transmutation de l’expérience religieuse en une expérience esthétique ? désir de créer une sensation de calme et de sacré à travers la nature ?  ‘La poésie, dit Octavio Paz, est un exercice spirituel’, et il affirme qu’on ne peut y accéder que dans un état de calme favorisant la création. Ce désir de lumière est peut-être une façon utopique de créer un état de grâce près de la nature et des arbres. 
Ici, plus modestement, j’essaie simplement  d’exprimer à travers les sons ma propre image émotionnelle de la lumière, d’un certain calme propice à la création, des arborescences imaginaires qui évoquent les avrils de mon enfance. 
La disposition dans l’espace de l’orchestre avec les trois violoncelles au premier rang a beaucoup influé sur l’écriture de Árbol de Abril. La présence des cordes frottées, pincées et frappées contribue à une certaine diffraction de la lumière sonore. Trois champs harmoniques énoncés dès le début par le violoncelle sont comme tressés tout au long de la pièce.

Nocturno Mar

Journées de la composition 2009

Pour 11 musiciens

« Nocturno Mar est une pièce basée sur un poème de l'écrivain mexicain Xavier Villaurrutia. Le texte parle d’une mer intérieure abritée secrètement par le corps du poète. C'est une mer fragile, douloureuse et pleine d'émotions.
La musique tente de dépeindre les vestiges de cette mer à travers une pièce fragmentée incluant des récitations de quelque vers où des structures phonétiques du poème original. »

Nocturno Mar de Xavier Villaurrutia est édité aux éditions DVD poesia  (volume 33 :ContemporáneosObra Poética)

« Le tome des Œuvres de Xavier Villaurrutia, publié en 1966 compte plus de mille pages. Néanmoins, pour la majorité de ses lecteurs, Villaurrutia est l’auteur d’une quinzaine ou d’une vingtaine de poèmes. Est-ce peu ? Il me semble que c’est beaucoup. Grâce à ces poèmes, nous nous souvenons des œuvres théâtrales et nous relisons les essais de critique poétique : nous cherchons à y trouver, sinon le secret de la poésie, du moins celui de la fascination qu’elle exerce sur nous. Cette vingtaine de poèmes comptent parmi les meilleurs poèmes de la poésie de notre langue et de notre époque. La place qu’occupe Villaurrutia au Mexique et en Amérique Latine correspond-t-elle à cette excellence ? Il faut répondre franchement : non. Villaurrutia n’a pas de réputation continentale et sa poésie est peu lue. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi. Sa poésie est une poésie solitaire et pour solitaires, qui ne cherche pas la complicité des passions qui aujourd’hui pèsent sur les esprits : la politique, le patriotisme, les idéologies. Aucune église, aucun parti et aucun État ne peut avoir intérêt à diffuser des poèmes dont les thèmes – ou mieux : les obsessions – sont le rêve, la solitude, l’insomnie, la stérilité, la mort. Même l’érotisme, le grand fétiche de notre siècle frigide et cruel, apparaît dans ses poèmes comme une passion secrète dont les attributs les plus visibles sont la colère, la sécheresse, l’impuissance, l’aridité. Rien, dans cette poésie, qui puisse attirer des lecteurs qui, comme la majorité de nos contemporains, réduisent la vie, sans exclure celle des instincts et du sexe, à des catégories idéologiques. La poésie de Villaurrutia, n’est pas anti-sociale mais asociale. »
Octavio Paz, écrivain (1914-1998)

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